{"id":2053,"date":"2012-10-13T08:00:31","date_gmt":"2012-10-13T13:00:31","guid":{"rendered":"http:\/\/mtn-togo.org\/?p=2053"},"modified":"2012-10-18T20:11:15","modified_gmt":"2012-10-19T01:11:15","slug":"interview-du-president-de-la-republique-francaise-par-france-24-tv5monde-et-rfi","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mtn-togo.org\/?p=2053","title":{"rendered":"Interview du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise par FRANCE 24, TV5MONDE ET RFI<iframe width=\"250\" height=\"200\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/M7-_w1QdZAo\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe>"},"content":{"rendered":"<p><strong>Roselyne Febvre (France 24).-<\/strong>\u00a0Bonsoir Monsieur le Pr\u00e9sident.<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Bonsoir.<\/p>\n<p>Roselyne Febvre.- Merci d\u2019avoir accept\u00e9 cette interview pour France 24, RFI et TV5 Monde. Pour vous interroger \u00e9galement, Jean-Karim Fall de RFI.<\/p>\n<p><strong><!--more-->Jean-Karim Fall (RFI).-<\/strong>\u00a0Bonsoir, Monsieur le Pr\u00e9sident<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Et David Delos de TV5 Monde.<\/p>\n<p><strong>David Delos (TV5Monde).-<\/strong>\u00a0Bonsoir, Monsieur le Pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>\u00a0<strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident, vous avez longtemps h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 vous rendre \u00e0 Kinshasa, au Sommet de la francophonie ; pourtant mardi, vous avez d\u00e9clar\u00e9 que la situation dans ce pays est tout \u00e0 fait inacceptable au plan des droits, de la d\u00e9mocratie et de la reconnaissance de l\u2019opposition, bref un pays infr\u00e9quentable. Alors on a envie de vous demander pourquoi allez-vous \u00e0 Kinshasa et avez-vous re\u00e7u depuis des garanties ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0D\u2019abord, je vais \u00e0 Kinshasa parce que c\u2019est l\u2019Afrique et parce que je veux dire aux Africains qui parlent le fran\u00e7ais, que nous sommes extr\u00eamement reconnaissants \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n<p>La langue fran\u00e7aise, c\u2019est une langue africaine. Aujourd\u2019hui, les Africains sont ceux qui sont les plus nombreux \u00e0 parler Fran\u00e7ais ; je veux leur exprimer ma gratitude.<\/p>\n<p>Je vais \u00e0 Kinshasa parce que c\u2019est un grand pays, la RDC, et c\u2019est un pays qui est agress\u00e9 \u00e0 ses fronti\u00e8res. Je viens comme pr\u00e9sident de la R\u00e9publique aussi pour dire ce que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies : je n\u2019accepte pas que les fronti\u00e8res de ce grand pays puissent \u00eatre mises en cause par des agressions venant de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Ensuite, je viens \u00e0 Kinshasa \u2013 je serai avant \u00e0 Dakar au S\u00e9n\u00e9gal \u2013 pour tenir le discours de la franchise, de la transparence et du respect. Des \u00e9lections se sont produites l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re en RDC. Elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 regard\u00e9es comme \u00e9tant compl\u00e8tement satisfaisantes. Mais il y a aussi des progr\u00e8s qui viennent d\u2019\u00eatre accomplis ; je les souligne : une commission pour les \u00e9lections, une commission pour les droits de l\u2019Homme.<\/p>\n<p>Je veux donc, \u00e0 chaque fois que je me d\u00e9place, qu\u2019il y ait aussi la marque, que lorsque la France est l\u00e0, il doit y avoir des progr\u00e8s en mati\u00e8re de d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0Certaines des garanties que vous attendiez n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 remplies comme, par exemple, la transparence sur le proc\u00e8s des assassins de Florent Chebeya, le militant des droits de l\u2019Homme, assassin\u00e9 en 2010. De ce point-de vue-l\u00e0, exprimez-vous des regrets ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0J\u2019aurais l\u2019occasion de m\u2019exprimer l\u00e0-bas. Je dirai d\u2019ailleurs \u00e0 Kinshasa ce que je dis partout et ici, en France. Je n\u2019ai pas plusieurs langages. Je n\u2019ai pas plusieurs mani\u00e8res de parler selon mes interlocuteurs. Mais je sais qu\u2019il y a ce proc\u00e8s qui est attendu parce que c\u2019est un militant qui a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 et que sa famille, ses proches, ses amis demandent justice. J\u2019aurais l\u2019occasion de m\u2019en entretenir avec le Pr\u00e9sident Kabila.<\/p>\n<p>Les temps ont chang\u00e9, la France est maintenant d\u00e9sireuse \u00e0 la fois de respecter tous ses interlocuteurs, mais aussi de leur dire la v\u00e9rit\u00e9. Cette v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas celle de la France, c\u2019est celle des droits fondamentaux, des libert\u00e9s essentielles et de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Vous allez rencontrer le chef de l\u2019opposition congolaise, Etienne Tshisekedi, \u00e0 la R\u00e9sidence de France \u00e0 Kinshasa. Qu\u2019allez-vous lui dire ? Il appelle \u00e0 des manifestations. Cela vous inqui\u00e8te-t-il ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Plusieurs grandes organisations non gouvernementales, que j\u2019avais consult\u00e9es avant de prendre ma d\u00e9cision d\u2019aller \u00e0 Kinshasa, m\u2019ont donn\u00e9 leur point de vue. Elles m\u2019ont conseill\u00e9 d\u2019aller \u00e0 Kinshasa, d\u2019aller en RDC, d\u2019abord parce que c\u2019\u00e9tait un sommet de la francophonie et c\u2019\u00e9tait mon devoir que d\u2019y \u00eatre, pour la France, le fran\u00e7ais, mais aussi pour l\u2019Afrique, je viens de le dire, pour exprimer un message. Et \u00e9galement pour parler \u00e0 toutes les parties prenantes de cette grande R\u00e9publique, car la RDC est un grand pays, un des plus grands pays d\u2019Afrique.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Avec une d\u00e9mocratie bloqu\u00e9e quand m\u00eame ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Avec une population qui aspire \u00e0 la d\u00e9mocratie, avec des r\u00e8gles qui ne sont pas aujourd\u2019hui encore compl\u00e8tement satisfaisantes. J\u2019en parlerai avec le Pr\u00e9sident Kabila et j\u2019aurai un entretien avec lui. J\u2019ai souhait\u00e9 aussi avoir un entretien avec l\u2019opposition, le principal parti, j\u2019allais dire le principal opposant historique. Je le verrai, j\u2019en verrai d\u2019autres, les organisations non gouvernementales, non pas pour m\u2019ing\u00e9rer, je ne suis pas l\u00e0 pour \u00eatre l\u2019arbitre, le juge, ce n\u2019est pas ce que l\u2019on demande \u00e0 la France et ce n\u2019est pas ce que la France veut faire. L\u00e0 aussi, c\u2019est une nouvelle politique qui est en train de se d\u00e9finir, c\u2019est-\u00e0-dire que nous avons du respect, nous avons de la consid\u00e9ration, mais en m\u00eame temps on se dit les choses et on aide.<\/p>\n<p>Je veux permettre par ma visite, que le processus d\u00e9mocratique qui a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 puisse aller jusqu\u2019au bout.<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0En ce sens, la rencontre avec Etienne Tshisekedi, est aussi un message envoy\u00e9 aux autorit\u00e9s ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0C\u2019est un message envoy\u00e9 \u00e0 tous les chefs d\u2019Etat africains. Je les consid\u00e8re, je suis conscient, lorsqu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lus par un processus d\u00e9mocratique, qu\u2019ils repr\u00e9sentent pleinement leur pays. Quand ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lus par cette proc\u00e9dure, je fais en sorte d\u2019avoir de bonnes relations d\u2019Etat \u00e0 Etat, mais je reconnais aussi les opposants d\u00e8s lors qu\u2019ils s\u2019inscrivent dans la d\u00e9mocratie, qu\u2019ils veulent, concourir sans violence \u00e0 ce que ce soit les urnes qui d\u00e9cident en Afrique comme partout ailleurs.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident, revenons sur votre premi\u00e8re \u00e9tape qui est Dakar au S\u00e9n\u00e9gal. En 2007, Nicolas Sarkozy avait dit ces mots qui avaient choqu\u00e9 \u00ab l\u2019homme africain, n\u2019est pas assez entr\u00e9 dans l\u2019Histoire \u00bb.<\/p>\n<p>Dakar 2012 avec Fran\u00e7ois Hollande, est-ce que ce sera le discours de la r\u00e9paration ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Non, je ne viens pas faire un discours pour effacer un pr\u00e9c\u00e9dent. Je viens prononcer un discours pour \u00e9crire avec l\u2019Afrique une nouvelle page, parce que la France et l\u2019Afrique ont des relations historiques ; nous avons \u00e0 la fois une reconnaissance par rapport \u00e0 l\u2019Afrique, \u00e0 ce qu\u2019elle nous a apport\u00e9\u2026<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0C\u2019est quoi cette nouvelle page ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0\u2026 Et aussi des fautes qui doivent \u00eatre rappel\u00e9es : ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la colonisation et avant, ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la traite n\u00e9gri\u00e8re.<\/p>\n<p>La nouvelle page, c\u2019est de voir l\u2019Afrique comme un continent d\u2019avenir, c\u2019est-\u00e0-dire des pays qui connaissent une forte croissance. Nous ici, en Europe, nous souffrons de la r\u00e9cession, dans certains de nos pays voisins, d\u2019une croissance faible. En Afrique, une dynamique \u00e9conomique est n\u00e9e depuis plusieurs ann\u00e9es. C\u2019est un continent d\u2019avenir parce qu\u2019il y a une jeunesse qui demande \u00e0 prendre sa place. C\u2019est un continent d\u2019avenir parce que des entreprises sont en train de s\u2019installer, des pays se sont eux-m\u00eames investis, notamment la Chine et les Etats-Unis.<\/p>\n<p>Je viens donc dire aux Africains : \u00ab nous voulons \u00eatre de votre grande aventure \u00bb. Je viens aussi dire \u00e0 cette jeunesse : nous voulons nous vous parler, avec notre langue, quelquefois avec une autre langue quand elle est parl\u00e9e par des anglophones, mais nous venons faire une relation qui sera une relation de confiance et de consid\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Justement, sur cette question \u00e9conomique, vous dites que l\u2019Afrique est le continent de la nouvelle croissance, mais ne craignez-vous pas que la diplomatie \u00e9conomique que vous pr\u00f4nez se heurte aux principes que vous d\u00e9fendez ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0La diplomatie \u00e9conomique, c\u2019est de faire en sorte que nous puissions avoir une place pour nos entreprises. D\u2019ailleurs, elles l\u2019occupent en Afrique. 20 % de l\u2019\u00e9conomie en Afrique concernent des entreprises fran\u00e7aises. C\u2019est donc une pr\u00e9sence consid\u00e9rable. Mais moi je ne veux pas des passe-droits. C\u2019est fini le temps des \u00e9missaires, des interm\u00e9diaires, de ce que nous pouvions emmener dans nos bagages.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Y compris dans le secteur p\u00e9trolier ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Qu\u2019il y ait une grande entreprise comme TOTAL qui joue son r\u00f4le. Chaque fois que je suis interrog\u00e9, je dis que je souhaite que TOTAL puisse prendre des positions, mais dans la transparence. Tel est ce que je veux faire, c\u2019est-\u00e0-dire faire en sorte que pour toutes les industries extractives, mini\u00e8res, foresti\u00e8res, il y ait une transparence absolue sur leur compte pays par pays. Pour TOTAL, je m\u2019en suis expliqu\u00e9 avec son Pr\u00e9sident, il y est pr\u00eat, il le fait d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Donc, oui, nous pouvons avoir des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, mais nous ne ferons pas une diplomatie qui serait celle de nos int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0Justement, vous \u00e9voquez la \u00ab Fran\u00e7afrique \u00bb, celle des r\u00e9seaux obscurs entre Paris et le continent noir. Nicolas Sarkozy avait promis la fin de ces r\u00e9seaux. Depuis votre arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019Elys\u00e9e, vous avez re\u00e7u une demi-douzaine de chefs d\u2019Etat africains dont certains font partie de cette \u00ab Fran\u00e7afrique\u00bb. Certains seraient m\u00eame impliqu\u00e9s dans des affaires dites de \u00ab biens mal acquis \u00bb. Alors o\u00f9 est r\u00e9ellement \u00ab la rupture \u00bb ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Cela ne vous a pas \u00e9chapp\u00e9 que sur \u00ab les biens mal acquis \u00bb, la justice fran\u00e7ais fait son travail et sans entrave et qu\u2019il y a notamment un pays, une famille qui est particuli\u00e8rement concern\u00e9e ; je laisserai la justice aller jusqu\u2019au bout, non pas parce que je veux m\u2019acharner -je ne suis pas celui qui instruit les proc\u00e9dures-, mais parce que je consid\u00e8re que c\u2019est un devoir pour les Africains, que de savoir exactement ce que sont devenus un certain nombre de fonds.<\/p>\n<p>Par ailleurs, je re\u00e7ois les chefs d\u2019Etat de tous les pays du monde, ceux qui me demandent audience, rendez-vous ; je me d\u00e9place \u00e9galement. Il n\u2019y a pas toujours que des d\u00e9mocrates, je le regrette mais j\u2019ai des relations d\u2019Etat \u00e0 Etat.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, chaque fois que je re\u00e7ois un chef d\u2019Etat, africain, d\u2019une autre origine ou d\u2019un autre continent, chaque fois je leur parle de la situation dans leur pays, non pas pour m\u2019immiscer, non pas pour m\u2019ing\u00e9rer, mais parce que je leur dois cette franchise.<\/p>\n<p>Et quand un opposant est d\u00e9tenu, lorsqu\u2019une libert\u00e9 est entrav\u00e9e, lorsqu\u2019un certain nombre de manifestations sont interdites ou r\u00e9prim\u00e9es, je leur dis, mais en m\u00eame temps j\u2019essaie de faire avancer les dossiers du continent africain ou les dossiers de nos entreprises, lorsqu\u2019elles sont concern\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Cette normalisation de cette politique africaine ne risque-t-elle pas d\u2019aboutir \u00e0 une perte d\u2019influence de la France ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Mais c\u2019est le contraire ! D\u2019abord, je bannis ce mot \u00ab normalisation \u00bb qui a un c\u00f4t\u00e9 d\u2019un autre temps. Disons une \u00ab nouvelle politique \u00bb, respectueuse, transparente.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Normal, c\u2019est le mot \u00e0 la mode !<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0Cela signifie que les politiques pr\u00e9c\u00e9dentes ne l\u2019\u00e9taient pas ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Pas suffisamment puisqu\u2019elles \u00e9taient critiqu\u00e9es ; vous me parlez de \u00ab Fran\u00e7afrique\u00bb, il y aura la France et il y aura l\u2019Afrique. On n\u2019aura pas besoin de m\u00ealer les deux mots.<\/p>\n<p>Je veux que nos int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques soient d\u00e9fendus ; c\u2019est normal, mais en m\u00eame temps sans qu\u2019il soit besoin d\u2019avoir des march\u00e9s publics qui ne soient pas ouverts et transparents et quand nous avons des entreprises -j\u2019en suis tr\u00e8s heureux, je les soutiens, je les appuie et je les conforte- qui d\u00e9cident de s\u2019investir, par exemple, dans un pays africain et qui r\u00e9ussissent \u00e0 avoir la confiance des pays qui les accueillent, ces entreprises-l\u00e0 doivent \u00eatre totalement transparentes et une partie de leurs b\u00e9n\u00e9fices doivent se retrouver dans la vie des pays o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 cherch\u00e9es leur activit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Le Mali sera bien s\u00fbr au c\u0153ur de votre visite africaine. Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies examine aujourd\u2019hui la fameuse r\u00e9solution sur l\u2019intervention militaire au Mali. Ban Ki-moon que vous avez re\u00e7u \u00e0 Paris, a dit qu\u2019il voulait des n\u00e9gociations pr\u00e9alables. Vous, vous voulez aller vite. N\u2019y a-t-il pas l\u00e0 un probl\u00e8me de calendrier ? Dans le fond, \u00eates-vous sur la m\u00eame longueur d\u2019ondes ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Discuter ? Mais avec qui ? Avec des terroristes qui sont install\u00e9s dans le nord du Mali ? Qui imposent une loi, la Charria, qui coupent des mains et qui d\u00e9truisent des monuments jusque l\u00e0 consid\u00e9r\u00e9s comme patrimoine de l\u2019Humanit\u00e9 ? Discuter avec qui ? Avec AQMI ? Qui peut imaginer qu\u2019il puisse y avoir l\u00e0 des conversations qui puissent \u00eatre utiles ?<\/p>\n<p>En revanche, s\u2019il y a des forces politiques la\u00efques -il y en a au Mali- qui veulent prendre leur part de la r\u00e9conciliation nationale, c\u2019est la responsabilit\u00e9 des autorit\u00e9s maliennes et je n\u2019y ferais pas obstacle.<\/p>\n<p>En revanche, ce que je veux faire, pas au nom de la France, au nom de la de la paix, au nom des droits humains, c\u2019est qu\u2019il puisse y avoir une r\u00e9solution aux Nations Unies, au Conseil de s\u00e9curit\u00e9, dans les jours qui viennent, sur le principe d\u2019une force qui pourrait \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9e si les Africains en d\u00e9cidaient, et ensuite il y aurait une autre r\u00e9solution du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 pour mettre en \u0153uvre ce que pourrait \u00eatre cette force.<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0Pensez-vous que le vote de cette r\u00e9solution peut passer sans le v\u00e9to chinois ou russe ? Moscou et P\u00e9kin n\u2019ont-elles pas plut\u00f4t int\u00e9r\u00eat \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 une intervention militaire ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Non parce que la lutte contre le terrorisme est partag\u00e9e par tous les grands pays. Ils savent les risques, les risques d\u2019abord pour les populations concern\u00e9es, pour toute la r\u00e9gion du Sahel, les risques pour les Etats, les risques aussi pour nos propres Nations car nous pouvons \u00eatre touch\u00e9s par un terrorisme qui s\u2019est install\u00e9 dans la zone du Sahel, avec le trafic de drogue, le trafic d\u2019armes, celui qui vient notamment de Lybie, et qui vit de tous ces trafics pour nourrir des passions haineuses et maintenant occupe un territoire.<\/p>\n<p>Toutes les Nations sont conscientes de l\u2019enjeu. Je pense qu\u2019au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 il y aura une volont\u00e9 de mettre en place cette force d\u2019intervention mais je veux \u00eatre tr\u00e8s clair, c\u2019est aux Africains d\u2019en d\u00e9cider. D\u2019abord, c\u2019est le gouvernement malien uni, Premier Ministre et Pr\u00e9sident, qui l\u2019a demand\u00e9 ; c\u2019est la CEDEAO qui aura \u00e0 organiser cette force avec l\u2019Union africaine ; je salue d\u2019ailleurs son Pr\u00e9sident qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s actif pour acc\u00e9l\u00e9rer les choses.<\/p>\n<p>Et nous, nous serons loyaux par rapport \u00e0 ces partenaires et nous serons respectueux de la l\u00e9galit\u00e9 internationale. Si on nous demande notre appui logistique, c\u2019est-\u00e0-dire du mat\u00e9riel, un certain nombre d\u2019informations, nous les fournirons.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Sans troupes au sol ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Il n\u2019y aura pas d\u2019hommes au sol, pas de troupes fran\u00e7aises engag\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Un soutien a\u00e9rien ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Il ne nous est pas demand\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Et s\u2019il est demand\u00e9 ?<\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois Hollande.-<\/strong>\u00a0Nous ne pouvons pas intervenir \u00e0 la place des Africains. On peut donner un appui mat\u00e9riel, on peut former, mais la France n\u2019interviendra pas.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Justement, Monsieur le Pr\u00e9sident, une intervention militaire au Mali ne peut se faire qu\u2019avec le soutien actif de l\u2019Alg\u00e9rie. Or, en ce moment, l\u2019Alg\u00e9rie semble plut\u00f4t privil\u00e9gier une solution n\u00e9goci\u00e9e, diplomatique. Vous allez vous rendre dans quelques semaines \u00e0 Alger, comment allez-vous convaincre votre homologue, Abdelaziz Bouteflika, de s\u2019impliquer militairement en cas d\u2019intervention militaire au Mali ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0L\u2019Alg\u00e9rie a pay\u00e9 un tribut suffisamment lourd pour lutter contre le terrorisme pour que je vienne lui donner la le\u00e7on. Elle sait ce qu\u2019il y a \u00e0 faire et ce qu\u2019il y a \u00e0 redouter. En revanche, il est vrai que l\u2019Alg\u00e9rie regarde aujourd\u2019hui avec distance une possible intervention.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Prudence\u2026<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Donc \u00e0 moi de rassurer l\u2019Alg\u00e9rie, dire ce qui va se passer, c\u2019est l\u2019affaire des Africains. Ce qui doit se faire, c\u2019est lutter contre le terrorisme. Ce n\u2019est pas de faire je ne sais quelle occupation d\u2019un territoire.<\/p>\n<p>Enfin, ce sont les Maliens eux-m\u00eames qui doivent en d\u00e9cider. Aujourd\u2019hui m\u00eame, il y a une grande manifestation \u00e0 Bamako o\u00f9 les Maliens sont descendus dans la rue en disant \u00ab nous voulons retrouver notre int\u00e9grit\u00e9 territoriale, nous voulons lutter contre le terrorisme \u00bb. Entendons aussi le message des autorit\u00e9s du Mali, de la population du Mali qui est priv\u00e9e aujourd\u2019hui d\u2019une partie de son territoire.<\/p>\n<p>Je n\u2019oublie pas les gens qui souffrent, des femmes qui sont viol\u00e9es, des enfants qui sont enr\u00f4l\u00e9s, des hommes qui sont massacr\u00e9s et des monuments qui sont profan\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0On parle beaucoup de cette force africaine. Elle serait de 3 000 hommes. Est-ce que ce serait suffisant pour couvrir un territoire aussi vaste ? On parle quand m\u00eame d\u2019une superficie qui fait deux fois la France !<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Vous avez raison, il ne s\u2019agit pas simplement de mener une intervention pour les Africains, mais ensuite de stabiliser cette r\u00e9gion, de permettre qu\u2019elle retrouve une vie normale, qu\u2019il y ait une int\u00e9grit\u00e9 du Mali, mais aussi une administration du Mali.<\/p>\n<p>Nous sommes donc pr\u00eats \u00e0 soutenir, \u00e0 aider mat\u00e9riellement, vous l\u2019avez rappel\u00e9, mais c\u2019est aux Africains et aux autorit\u00e9s maliennes, de trouver la r\u00e9ponse durable.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi j\u2019insiste sur l\u2019aide, pas simplement mat\u00e9rielle, l\u2019aide que nous devons donner au Mali, et d\u2019ailleurs aux pays de cette r\u00e9gion, Niger, Mauritanie et autres, pour qu\u2019ils assument leur d\u00e9veloppement parce que c\u2019est la mis\u00e8re, c\u2019est la pauvret\u00e9 ! Il existe aujourd\u2019hui tous les risques d\u2019une crise alimentaire, d\u2019une crise sanitaire. Donc nous devons aider aussi ces pays \u00e0 vaincre ces fl\u00e9aux.<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0Tr\u00e8s concr\u00e8tement, comment cette aide va-t-elle se mat\u00e9rialiser ? Ce sera du mat\u00e9riel, de la formation, de l\u2019appui au sol ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Distinguons. Pour ce qui est de l\u2019aide aux pays, l\u2019Europe fait un travail consid\u00e9rable, que je veux saluer -pas seulement la France, l\u2019Europe tout enti\u00e8re- pour apporter un soutien au d\u00e9veloppement des pays qui sont touch\u00e9s par ce que l\u2019on appelle la \u00ab crise sah\u00e9lienne \u00bb. Mais concernant maintenant l\u2019op\u00e9ration qui pourrait \u00eatre d\u00e9cid\u00e9e par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9, mise en \u0153uvre par les Africains, la CEDAEO et l\u2019Union africaine, je le r\u00e9p\u00e8te, la France appuiera son aide logistique, donnera un certain nombre de moyens mat\u00e9riels et fera en sorte de former les personnels qui seront \u00e9ventuellement envoy\u00e9s dans cette partie du territoire malien.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0On l\u2019a vu, il y a en France des cellules islamistes. L\u2019une d\u2019entre elles a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9e. En d\u00e9clarant la guerre \u00e0 AQMI, ne craignez-vous pas d\u2019importer cette forme de terrorisme en France, qui existe puisque la menace int\u00e9rieure est tr\u00e8s pr\u00e9sente ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0C\u2019est en laissant AQMI, c\u2019est-\u00e0-dire Al Qa\u00efda, prosp\u00e9rer dans le Sahel, que je ferai courir un risque \u00e0 mon pays parce que le terrorisme peut venir de l\u00e0. Nous avons m\u00eame appris qu\u2019il y avait eu des ressortissants fran\u00e7ais au Mali, comme il y en a en Somalie, comme nous pouvons en trouver en Syrie, et qui ensuite peuvent revenir dans leur pays avec des vis\u00e9es terroristes. Je ne peux pas l\u2019accepter. Il faut donc couper la route des terroristes. Il faut donc avoir une politique internationale. C\u2019est ce que je veux faire au Mali. Mais en m\u00eame temps, nous avons aussi un terrorisme qui peut \u00eatre ici pr\u00e9sent en France sans qu\u2019il y ait de connexion avec des zones ext\u00e9rieures. Donc nous devons y veiller ; c\u2019est ce qui vient de se produire par l\u2019interpellation d\u2019un certain nombre de personnes. Aujourd\u2019hui, bon nombre ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Nous irons jusqu\u2019au bout de nos enqu\u00eates parce que les Fran\u00e7ais doivent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s. Mon devoir, ma responsabilit\u00e9, avec le Gouvernement, est de veiller \u00e0 tout surveiller, tout remarquer, tout identifier, pour qu\u2019il n\u2019y ait aucune possibilit\u00e9 d\u2019une action terroriste.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Cette intervention militaire au Mali ne risque-t-elle pas de mettre en danger la vie des otages fran\u00e7ais retenus par Al Qa\u00efda au Maghreb islamique dans le nord du Mali ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Nous avons six otages au Mali, quatre dits \u00ab les otages d\u2019Arlit \u00bb et deux autres qui ont \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s il y a deux ans.<\/p>\n<p>Nous faisons en sorte que toutes les pistes, tous les contacts soient utilis\u00e9s pour les lib\u00e9rer. Une vid\u00e9o a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e il y a quelques jours. Nous faisons en sorte de comprendre les messages qui nous sont adress\u00e9s et d\u2019avoir un certain nombre de contacts.<\/p>\n<p>Je ne peux pas vous dire en dire plus, mais comprenez-moi bien, vous pensez que la position de la France peut \u00eatre d\u00e9pendante d\u2019une prise d\u2019otages ?<\/p>\n<p>Nous avons deux devoirs : lib\u00e9rer nos otages et lib\u00e9rer le Mali du terrorisme.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Ne sont-ils pas contradictoires ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Ils ne sont pas contradictoires. Au contraire m\u00eame, je pense que les ravisseurs savent bien ce qui peut arriver, donc peuvent \u00eatre dans une disposition de rel\u00e2cher le plus rapidement possible nos ressortissants.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, puisque je suis devant vous, je m\u2019adresse \u00e0 tous. Qu\u2019ils m\u2019entendent bien s\u2019ils sont devant l\u2019\u00e9cran ou la radio : nous voulons la lib\u00e9ration de nos otages et nous ferons tout pour qu\u2019il en soit ainsi.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident, avez-vous le sentiment qu\u2019il existe en France un islam radical anti occidental et antis\u00e9mite ? Puisque la communaut\u00e9 isra\u00e9lite a \u00e9t\u00e9 vis\u00e9e, est-elle en droit de s\u2019inqui\u00e9ter aujourd\u2019hui?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0D\u2019abord il y a des musulmans qui veulent pratiquer leur culte pacifiquement, dans la d\u00e9mocratie, dans le respect de l\u2019autre, dans la grande tol\u00e9rance qu\u2019est cette religion dans son histoire. Donc nous ne devons faire aucun amalgame.<\/p>\n<p>Il y a des cellules -je ne sais pas encore de quelle importance, des enqu\u00eates sont en cours- qui veulent faire de l\u2019islamisme radical une cause de haine et d\u2019agression. Nous ne les l\u00e2cherons pas, nous les pourchasserons et nous les \u00e9liminerons.<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0Vous d\u00e9clarez la guerre \u00e0 AQMI et aux terroristes ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Je n\u2019ai pas \u00e0 utiliser des mots qui laisseraient penser que nous sommes dans cette situation. Nous sommes simplement en vigilance, en surveillance et en intransigeance. Je peux vous rassurer, si c\u2019est possible, nous ne laissons aucune piste, aucun terrain sans que nous soyons pr\u00e9sents et actifs.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall<\/strong>.- Monsieur le Pr\u00e9sident, le Qatar s\u2019appr\u00eate \u00e0 investir 50 millions d\u2019euros en France et en particulier dans les banlieues. Cette forme de coop\u00e9ration un peu in\u00e9dite est-elle vraiment opportune dans le contexte actuel ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0C\u2019est une annonce que le Qatar avait faite avant mon \u00e9lection. Cela partait s\u00fbrement d\u2019une bonne d\u00e9marche, venir en soutien, en solidarit\u00e9, avec les talents de nos banlieues. Il y en a d\u2019ailleurs de nombreux, comme d\u2019entreprises qui se cr\u00e9ent et qui ne demandent qu\u2019\u00e0 prosp\u00e9rer.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.<\/strong>\u00a0C\u2019est le Premier ministre qui a donn\u00e9 le feu vert.<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Oui. J\u2019ai propos\u00e9 une autre m\u00e9thode. Le Qatar veut investir dans nos banlieues, sur nos territoires, tr\u00e8s bien, acceptons cette proposition. Mais nous le ferons ensemble. Un fonds franco-qatari va donc \u00eatre cr\u00e9\u00e9 aupr\u00e8s de la Caisse des D\u00e9p\u00f4ts ; donc les d\u00e9cisions seront prises ensemble. Ce n\u2019est pas un pays qui va choisir le talent, l\u2019entreprise qu\u2019il veut soutenir.<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0Vous n\u2019\u00eates pas inquiet pour la souverainet\u00e9 de la France ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Mais nous avons un fonds \u00e9quivalent avec les Chinois ! Donc, chaque fois qu\u2019un pays, petit ou grand, plut\u00f4t riche, nous dit qu\u2019il veut investir, tr\u00e8s bien, nous leur r\u00e9pondons \u00ab nous allons le faire ensemble parce que nous pouvons vous dire ce qui est strat\u00e9gique, ce qui ne l\u2019est pas, ce qui peut \u00eatre utile \u00e0 vous, \u00e0 nous \u00bb. C\u2019est ce qui va se faire avec le Qatar.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident, le Qatar a un r\u00f4le trouble ; on le voit aujourd\u2019hui en Syrie, o\u00f9 visiblement beaucoup de rebelles syriens sont arm\u00e9s et financ\u00e9s par le Qatar\u2026.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Sans parler du Mali aussi o\u00f9 l\u2019on parle \u00e9galement du Qatar.<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Soyons le plus pr\u00e9cis possible. C\u2019est votre r\u00f4le et c\u2019est mon devoir. Le Qatar soutient l\u2019opposition \u00e0 Bachar el-Assad apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9, dans l\u2019histoire r\u00e9cente, un de ses soutiens. Il est dans l\u2019opposition. Il veut favoriser l\u2019opposition, nous aussi. Nous disons donc qu\u2019il faut f\u00e9d\u00e9rer l\u2019opposition et pr\u00e9parer l\u2019apr\u00e8s Bachar el-Assad. Cette transition doit \u00eatre une transition vers la d\u00e9mocratie, pas vers le chaos. C\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019opposition doit r\u00e9unir toutes les forces de l\u2019int\u00e9rieur, de l\u2019ext\u00e9rieur, qui demain, voudront une Syrie libre et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Le Qatar a sa place, il peut aider, soutenir, et nous le faisons en bonne intelligence.<\/p>\n<p>Mais pour nous, il n\u2019est pas question de fournir des armes \u00e0 des rebelles dont nous ne saurions rien des intentions.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Non, mais celles qui sont rep\u00e9r\u00e9es par les chancelleries, celles qui ont conquis des territoires ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0J\u2019ai demand\u00e9 que les territoires qui ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s puissent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s. Ensuite, j\u2019ai dit au Qatar, mais pas simplement, qui m\u00e8ne des \u0153uvres humanitaires dans un certain nombre de pays dont le Mali \u00ab faites attention, vous pensez parfois \u00eatre dans l\u2019humanitaire et vous pouvez, sans que vous soyez pour autant responsable, vous retrouver financer des initiatives qui peuvent \u00eatre au b\u00e9n\u00e9fice des terroristes. Les autorit\u00e9s du Qatar m\u2019ont r\u00e9pondu qu\u2019elles sont extr\u00eamement vigilantes par rapport \u00e0 cela et je veux les croire. Je suis dans une position o\u00f9 je ne laisse rien passer.<\/p>\n<p><strong>Jean-Karim Fall.-<\/strong>\u00a0Leur avez-vous demand\u00e9 de participer \u00e0 cette grande coalition qui va se mettre en place pour la reconqu\u00eate du Mali ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Ce n\u2019est pas \u00e0 moi de dire qui doit en \u00eatre, qui ne doit pas en \u00eatre. J\u2019ai simplement dit que c\u2019\u00e9tait les Africains qui devaient en prendre l\u2019initiative. Les Africains et seulement les Africains.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident, derni\u00e8re question sur la Syrie. La situation est totalement bloqu\u00e9e \u00e0 cause bien s\u00fbr du v\u00e9to russe et chinois. En attendant, la communaut\u00e9 internationale se contente de condamner et de tergiverser, mais dans le fond, est-ce que l\u2019apr\u00e8s Bachar el-Assad n\u2019est-il pas une pr\u00e9occupation tout aussi importante que le conflit actuel ? Si Bachar el-Assad partait, il y aurait un risque d\u2019Irakisation et de conflits interconfessionnels qui deviendraient imma\u00eetrisables.<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Plus t\u00f4t Bachar el-Assad partira, plus s\u00fbre sera la transition en Syrie. Plus le conflit dure, plus les risques ensuite sont grands, risques d\u2019abord de guerre civile et risques de chaos apr\u00e8s, ou de partition. Je m\u2019y refuse. Donc la France est aux avant-postes. Elle a beaucoup \u00e9t\u00e9 regard\u00e9 ces derniers mois depuis mon \u00e9lection.<\/p>\n<p>Qu\u2019avons-nous fait ? C\u2019est nous qui avons demand\u00e9 que l\u2019opposition puisse se r\u00e9unir, ce qui a \u00e9t\u00e9 fait au mois de juillet ici \u00e0 Paris, et se f\u00e9d\u00e9rer dans un Gouvernement provisoire. Nous avons \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 le dire. Les premiers \u00e0 dire aussi qu\u2019il fallait prot\u00e9ger les zones lib\u00e9r\u00e9es. Les premiers \u00e0 faire en sorte qu\u2019il puisse y avoir une aide humanitaire. C\u2019est ce que nous faisons en Jordanie. Les premiers \u00e9galement \u00e0 dire que nous devons nous coordonner pour que les personnes d\u00e9plac\u00e9es ou r\u00e9fugi\u00e9es puissent \u00eatre accueillies dans de bonnes conditions, notamment pour l\u2019hiver qui arrive. Premiers \u00e0 dire que nous devons tout faire pour que Bachar el-Assad parte et que nous trouvions une solution, y compris proche de lui. J\u2019ai entendu la proposition de la Turquie par rapport au vice-pr\u00e9sident ; il y a des personnalit\u00e9s encore en Syrie qui peuvent \u00eatre des solutions de transition, mais m\u2019il n\u2019y a pas de compromis avec Bachar el-Assad.<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0Vous avez \u00e9voqu\u00e9 la Turquie. Le conflit syrien d\u00e9borde des fronti\u00e8res strictement syriennes pour justement toucher la Turquie en ce moment. Ne craignez vous pas une escalade du conflit, un conflit arm\u00e9 entre Ankara et Damas ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0C\u2019est un risque et la Turquie s\u2019est particuli\u00e8rement retenue. Je veux saluer l\u2019attitude de ses dirigeants car il y a eu des agressions, des provocations ; la Turquie fait tout pour \u00e9viter ce d\u00e9cha\u00eenement qui serait d\u2019ailleurs dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la Syrie, cr\u00e9er un conflit international qui pourrait souder la Syrie contre un agresseur suppos\u00e9 venant de l\u2019ext\u00e9rieur. Donc nous devons tout faire pour que le conflit syrien, plus exactement la r\u00e9volution syrienne ne fasse pas d\u00e9bordement en Turquie, au Liban, en Jordanie.<\/p>\n<p>Ma responsabilit\u00e9 est tr\u00e8s grande parce que la France veut que le Liban garde son int\u00e9grit\u00e9. Ma responsabilit\u00e9 est grande parce que je soutiens ce qui se passe en Jordanie, l\u00e0 aussi, un processus d\u00e9mocratique et des r\u00e9fugi\u00e9s qui sont quand m\u00eame sont tr\u00e8s nombreux.<\/p>\n<p><strong>David Delos.-<\/strong>\u00a0Avez-vous parl\u00e9 de cela \u00e0 vos homologues russe et chinois ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Bien s\u00fbr\u2026 Avec M. Poutine j\u2019ai eu un long entretien l\u00e0-dessus. Je lui ai dit, je peux donc vous le r\u00e9p\u00e9ter : \u00ab vous voulez \u00e9viter, et nous sommes d\u2019accord avec vous, le chaos, le fondamentalisme, le terrorisme, vous voulez \u00e9viter que la Syrie devienne un champ ouvert \u00e0 un certain nombre de forces occultes et dangereuses. Nous aussi. Eh bien plus t\u00f4t vous cesserez votre soutien \u00e0 Bachar el-Assad, plus vous serez s\u00fbrs que vous \u00e9viterez ce chaos.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre<\/strong>.- Etes-vous s\u00fbr de ces rebelles syriens ? Cette r\u00e9bellion est tr\u00e8s fractionn\u00e9e. Cela va des djihadistes \u00e0 l\u2019ASL, et \u00e0 d\u2019autres que l\u2019on ne connait pas. La France ou les pays occidentaux ne devraient-ils pas armer les rebelles qui sont identifi\u00e9s pour qu\u2019ils se prot\u00e8gent des bombardements et que les armes ne tombent pas dans de mauvaises mains ?<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Mais c\u2019est bien tout le probl\u00e8me ! Quand vous vous fournissez des armes, vous ne savez jamais o\u00f9 elles finissent. Je prends l\u2019exemple de la Lybie. Si nous avons aujourd\u2019hui ce qui se passe au Mali, c\u2019est bien parce que des armes ont \u00e9t\u00e9 livr\u00e9es dans n\u2019importe quelles conditions et qu\u2019apr\u00e8s la fin de Kadhafi, ces armes se sont expatri\u00e9es. Et o\u00f9 sont-elles all\u00e9es ? Justement dans des zones o\u00f9 vous pouvez les acheter pas cher et c\u2019est AQMI qui les a reprises.<\/p>\n<p>Je suis donc extr\u00eamement vigilant au nom de la lutte contre Bachar el-Assad, n\u00e9cessaire au nom de la d\u00e9mocratie. Ne faisons pas non plus n\u2019importe quoi qui ensuite alimenterait le terrorisme.<\/p>\n<p><strong>Roselyne Febvre.-<\/strong>\u00a0Merci beaucoup Monsieur le Pr\u00e9sident, d\u2019avoir accept\u00e9 cette interview.<\/p>\n<p>Merci Jean-Karim et merci David.<\/p>\n<p><strong>LE PRESIDENT.-<\/strong>\u00a0Merci.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Roselyne Febvre (France 24).-\u00a0Bonsoir Monsieur le Pr\u00e9sident. LE PRESIDENT.-\u00a0Bonsoir. Roselyne Febvre.- Merci d\u2019avoir accept\u00e9 cette interview pour France 24, RFI et TV5 Monde. 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